Matts interview avant Roland Garros

Wilander : "La confiance, c'est la tactique 

Roland-Garros

 

 

 

 

Avant le début de Roland-Garros, Mats Wilander est revenu sur les progrès de Roger Federer, la retraite de Justine Henin et le formatage du circuit. Le Suédois est également satisfait de la semaine d'entraînement de Paul-Henri Mathieu, lequel débute ce dimanche face à... Gustavo Kuerten !

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Au bar des joueurs, à Roland-Garros, le Suédois n'a pas répondu aux appels de Marat Safin et de ses amis argentins pour mieux se consacrer à une revue complète de l'actualité du tennis à Roland-Garros.
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Que pensez-vous de la retraite de Justine Henin ?

MATS WILANDER : C'est étrange et d'autant plus étrange qu'elle s'en va quelques jours avant Roland-Garros et avant Wimbledon, le seul Grand Chelem qu'elle n'aura jamais remporté. Elle devait vraiment vouloir éviter de rejouer et de subir le stress pendant la compétition. C'est vrai qu'elle était souvent stressée en match, pas toujours mais tout de même.

Je ne suis pas d'accord avec sa décision. En tant que N.1 mondial, on a pas vraiment d'obligations mais vous devez montrer à tous ceux qui vous entourent et qui vous soutiennent , fans, organisateurs de tournois, sponsors, que vous êtes capables de vous "faire mal" pour poursuivre votre carrière. Ils le méritent. Il y a tellement de joueurs qui ne savent pas pourquoi ils jouent de nos jours.

Je veux dire que c'est triste de perdre une telle joueuse. LA joueuse. Si l'on parle en terme de style, Justine est le modèle idéal, avec Amélie Mauresmo. Elle pouvait jouer n'importe quel coup, avec une fluidité que l'on ne peut voir que sur le circuit masculin en ce moment. Nous avons besoin d'une autre joueuse pour concurrencer le style de jeu dominant actuellement, celui des Maria Sharapova et des soeurs Williams.

Justine absente du tournoi, c'est à la fois un coup dur porté au tournoi, c'est dangereux pour les sponsors et la qualité du spectacle et l'équilibre du circuit, et c'est aussi un tableau beaucoup plus ouvert.

Le feuilleton Roger Federer vs Rafael Nadal, après le Masters Series de Hamburg

Roger Federer rassemble de mieux en mieux les pièces du puzzle Nadal. Il peut désormais pratiquer un jeu quasiment parfait pour le battre pendant plus d'une heure. C'est mieux, mais ce n'est pas assez. Ila progressé par rapport à l'année dernière. En finale à Paris, il avait tenu dix minutes au total, je veux dire dix minutes sur l'ensemble de la rencontre et lors des moments forts.

Roger doit apprendre à être plus patient maintenant. A Paris, ce n'est plus l'heure d'essayer quelque chose de radicalement nouveau, comme je l'avais dit lors de notre précédent entretien, mais de jouer le bon coup au bon moment. Il sait qu'il peut finir les points au filet, mais à Hambourg, il y est allé trop tôt. A Paris l'année dernière, il ne prenait pas sa chance pour aller au filet quand elle se présentait. A Hambourg, c'était souvent trop précoce. Il doit pouvoir attendre 25 coups avant d'aller filet, mais dès que l'occasion se présente, il faut y aller à fond, sans hésiter.

Il a dit que Nadal n'était pas au top de sa forme physique à cause du stress ces dernières semaines ? Et il a pris 2-6 dans le dernier set à Hambourg... Cela démontre simplement qu'il essaie de "booster" sa confiance par tous les moyens.

Le plus important, c'est la confiance. Il a quand même dû être marqué par ses deux dernières défaites. Il menait 4-0 à Monte-Carlo, 5-1 à Hambourg, et à chaque fois, il perd le set et le match. C'est difficile de savoir ce qu'il ressent. Il est tout seul là-bas. On est toujours tout seul d'ailleurs. Il sait qu'il peut élever son niveau de jeu, soit, mais il a perdu deux fois. Nous savons d'ailleurs qu'il sait comment marquer des points face à Nadal, mais la question plutôt d'ordre tactique.

Ce que je peux dire de la situation, c'est que mieux la tactique est en place dans votre tête avant le match, plus votre confiance est grande pendant. Si vous savez exactement ce qu'il faut faire et que vous savez l'adapter pendant la rencontre, vous avez moins de chance de douter.

Nous atteignons ici les limites de ce que nous pouvons savoir sur Federer. Nous savons qu'il tente beaucoup de choses, mais ce que nous ne savons pas c'est ce qu'il se dit lui-même. Peut-être s'est-il dit après Hambourg : "J'ai essayé d'aller au filet et cela n'a pas marché, peut-être ce n'est finalement pas la bonne solution..."

Que dire de Rafael Nadal ? En tant que "défenseur" n'est-ce pas plus facile pour lui tactiquement ?

Nadal ne s'inquiète pas de tout cela. IL fait travailler son cerveau plus que ses jambes. Il est le joueur le plus futé du circuit. Il joue un peu comme moi à l'époque. Et ce qui le rend encore plus dangereux, c'est qu'il n'a plus peur d'avancer dans le court.

La rivalité entre Federer et Nadal est un duel excitant et équilibré mais la pression est clairement sur Roger.

Roland-Garros fête ses 80 ans, êtes-vous attaché au Stade en lui-même ?

J'aime beaucoup Roland-Garros. Le Stade y est petit, convivial et les spectateurs s'y font bien entendre. Ce sont des connaisseurs, on s'en rend compte à leur façon de réagir pendant les matches. Ce n'est pas comme à Wimbledon. A Roland-Garros, le stade a été rénové mais ils ont préservé l'atmosphère. Flushing Meadows a perdu la sienne avec le nouveau stade. Et je me souviens de ce sentiment étranger que j'avais ressenti à l'Open d'Australie quand ils ont déménagé de Kooyoong à Melbourne. J'ai dû attendre de jouer contre les gros bras pour me rendre compte que c'était un Grand Chelem.

La plus grande différence entre les autres tournois du Grand Chelem et Roland-Garros, c'est que c'est le tournoi de toute une ville. Pendant quinze jours, la ville vit au rythme du tournoi, tout le monde en parle et discute des résultats.

Où en est Paul-Henri Mathieu, que vous entraînez depuis six mois ?

C'est la première fois que nous avons pu passer une semaine ensemble sans compétition. Cela a donc été une semaine particulièrement intéressante pour travailler physiquement et tactiquement. "Paulo" a besoin de plus d'exercices, et il est maintenant plus relax qu'il ne l'a été toute cette saison. Bien sûr, il est un peu à plat maintenant mais il faut toujours se regonfler un peu avant le début d'un tournoi.

Ce seront les adieux de Gustavo Kuerten...

Peu de joueurs auront autant donné fans, aux joueurs et à tous ceux qui font ce tournoi. Sa façon de jouer, le fait qu'il soit un Brésilien à Paris, il avait tout pour faire un tabac... Bien entendu, c'est un peu risqué de revenir jouer ici sur le central, mais sa hanche a l'air de lui faire moins mal et il peut bien frapper dans la balle.

Que pensez-vous des joueurs qui abandonne en cours de match, cela arrive de plus en plus souvent ?
Question d'un internaute (Nino B, eurosport.com)

Certains abandons sont valides, d'autres non. Cela dit, il y a une grande différence avec mon époque. Nous nous jouions pas de la même façon, les attentes n'étaient pas les mêmes. Aujourd'hui, tout est beaucoup plus scientifique. Les athlètes sont beaucoup plus forts mais aussi beaucoup plus sensibles. Quand quelque chose cloche dans leur corps, ils sont tout de suite alertés. Et ils connaissent bien le danger d'une trop longue blessure sur le circuit. C'est pourquoi ils préfèrent souvent se protéger.

Qui sera N.1 à la fin de l'année selon vous ?
Question d'un internaute (eurosport.com)

Je m'en fiche. Pourquoi, parce que je sais que Rafael Nadal et Novak Djokovic vont finir par doubler Roger Federer. On ne peut pas tenir éternellement. La vraie question est de savoir qui de Nadal ou de Djokovic sera le futur N.1...

Quel est l'avenir du service-volée ? Stefan Edberg, un des plus grands représentants de ce style de jeu, aurait-il le même succès de nos jours ?
Question d'un internaute (pulp, eurosport.fr)

Quiconque a été un des meilleurs athlètes à un moment donné s'adapterait dans une autre époque. Stefan Edberg battrait de nombreux joueurs actuels parce que plus personne ne sait jouer comme lui. D'un autre côté, il aurait d'autres problèmes à résoudre car les joueurs savent mieux tirer les passing-shots.

Ce qui est triste aujourd'hui, c'est ce que nous avons déjà remarqué à propos du circuit féminin : nous avons le sentiment qu'il n'y a qu'une seule façon de jouer. Qu'il n'y a qu'un seul modèle pour ceux qui rêvent de réussir au plus haut niveau. Cela vient notamment des professeurs qui ne font que "nourrir" leurs élèves avec des balles qu'ils doivent renvoyer comme des machines. Nous perdons le sens de la transition dans le jeu. Nous, j'entends par là les joueurs de ma génération, l'avons appris nous-même sur le court avec un joueur comme Andre Agassi. Andre a fait autant bien pour le tennis grâce à son image qu'il a fait du mal avec son jeu. C'est impossible de jouer comme lui en restant en fond de court sans jamais faire un pas en avant. !

Par ailleurs, les athlètes devrait avoir une formation multisport. Je jouais moi-même au hockey et au football quand j'étais jeune. Aujourd'hui, ce n'est plus possible, il faut passer son temps à s'entraîner de longues heures en faisant la même chose pour espérer percer. On devrait jouer plus souvent. C'est ainsi que l'on apprend l'aspect tactique du sport. C'est ce qu'il se passe en Suède.

La Suède n'a pas plus de joueurs au sommet comme avant tout simplement parce que nous avons retrouvé notre place logique. Il y a plus de nations impliquées dans le tennis mondial, donc il y a moins de place pour une nation de 9 millions d'habitants, malgré sa tradition.

Dopage et tennis ?
Question d'un internaute (Tut Nichts Z, eurosport.de)

Le dopage est un problème pour tous les sports mais je pense que le tennis est moins exposé qu'un sport tel que le football, car le cercle de personne impliquées est plus restreint. C'est comme une grande famille, et ce n'est pas vraiment bien vu de s'y "doper", même si ce que l'on prend n'améliore pas les performances. Je sais ce dont je parle car je l'ai vécu. Ce n'est vraiment pas bien vu.

Que pensez vous du retour de Guillermo Coria cette année ?
Question d'un internaute (fatiha, eurosport.fr)

Il a prouvé qu'il pouvait surmonter son problème au service. Mais je respecte totalement sa démarche. Il lui a fallu beaucoup de courage pour revenir ici après être tombé si bas mentalement.

Quel est le match qui vous a le plus marqué dans votre carrière ?
Question d'un internaute (Holger K, eurosport.de)

Ma défaite devant Yannick Noah en finale de Roland-Garros, il y a 25 ans. Vous savez, ce soir-là, j'ai même participé à la fête organisée pour Yannick Noah.

 

 

 

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Commentaires (2)

1. Nico (site web) 07/06/2008

Très intéressants ces propos de Wilander.
La rivalité Rafa/Fed avec l'aspect tactique de Fed qui est le seul à savoir ce qu'il pense vraiment...On devine un peu le doute qui semble l'assailler mais lui seul le sait...
Ah...cette faculté de frapper sans reculer c clair qu'elle a fait des adeptes mais encore faut-il savoir bien le faire et pouvoir varier son jeu si nécessaire...Agassi et Rafa sont tellement pétris de qualités que la comparaison est dure à faire avec certains...c'est une évidence !
Bel hommage aussi envers Edberg, le VRAI volleyur (pour moi !) qui alliait sa technique avec une efficacité et un fair play génial !
Une relation entre un joueur et son coach est très importante et Wilander insiste bien sur l'importance de pouvoir par moments avoir du temps pour travailler hors compétition.
Vraiment très intéressants ces propos !

2. Nico (site web) 07/06/2008

Petite réaction par rapport aux commentaires de Mats Wilander sur Justine Hénin :

La plus grande joueuse actuelle (ne comptez pas sur moi pour établir des comparaisons entre époques différentes ni remonter à l'âge de pierre, les conditions matérielles et l'environnement nous empêchant objectivement de le faire... mais à chacun son avis !).
Elle a été au plus haut avant de connaître une petite baisse et des ennuis que peut connaître toute personne et donc tout sportif de haut niveau.

Elle a su se construire sportivement parlant tout au long de sa carrière, revenir tout en haut après ses ennuis et surtout y rester ! En effet, après une année 2006 où l'on se rappelle la lutte incroyable au sommet avec Amélie Mauresmo, elle est restée tout en haut et seule en 2007 et malgré sa "baisse" en ce début 2008 trônait encore tout en haut loin, très loin devant toutes les autres...

De plus, une personne humble, ouverte à tous et très aimable qui a ressenti le besoin de s'arrêter après une longue et merveilleuse carrière. Contrairement à certaines décisions, celle-là est réfléchie, murie et expliquée avec précisions à tous : public, fans, sponsors... Maintenant, place à la construction de sa vie !

Alors, que le tableau féminin soit plus ouvert, tant mieux pour ces Desmoiselles et ces Dames. Mais que l'on parle de "danger" pour les sponsors qui vont peut-être avoir du mal à vendre, il faut arrêter de nous faire rire, il y a assez de "produits" actuellement sur le circuit pour vendre.
Et Justine a fait preuve de suffisamment de combativité et de respect dans sa vie tennistique et privée pour ne pas la critiquer de cette décision !
Nous perdons une Personne, un style, un jeu c'est vrai mais Justine est une personne...pas un produit...comme les autres d'ailleurs !

Alors, bonne chance pour sa nouvelle vie et nous aurons l'occasion sans doute d'avoir de ses nouvelles assez souvent !

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